Loter…

Françis Lopez dit LoterLôter vit en Nouvelle-Calédonie, au Vallon-Dore, depuis 2007. Dans son atelier «Mon Cabanon», il fignole son “Parcours en Mélanésie”. Sans jamais tomber dans la facilité. Ni renoncer à créer par-delà la réalité.

Son parcours a le charme fou des vies qui ont pris des chemins de traverse. Francis Lôter aurait pu rester enraciné là où il est né : dans les hauts cantons de l’Hérault et l’arrière pays montpelliérain. Il aurait pu, également, se contenter, en matière d’art, de ses talents de relieur, et vivoter, au jour le jour, de ses emplois successifs dans l’édition et l’imprimerie. Oui, mais voilà : Lôter n’a jamais su coller à la routine du quotidien ; Francis a toujours été (et demeure) infiniment curieux. C’est sans doute pour cela que, félin en diable, il s’accommodera peut-être de neuf vies, mais pas une de moins.
Petit-fils de tailleur de pierre et fils de vigneron, installé durant des années au pied du Pic Saint-Loup, Francis Lôter est bien ce mélange de rocaille et de gouaille, de minéral et de végétal, de roc baigné d’un torrent de faconde aux accents ensoleillés. Nulle question de renier ses origines… Mais nulle envie, non plus, de se priver des découvertes propres aux voyages ; qu’ils soient rêvés ou bien réels ; qu’ils le mènent de l’Hérault à Paris, jusqu’au Chili ou à Sidi Ifni, en plein Sahara espagnol, et même jusqu’en Nouvelle-Calédonie.

Retour à la création
Sa première boîte de peinture, c’est son grand-père, le tailleur de pierre, qui la lui acheta. C’est lui encore qui lui monta les châssis de ses premières toiles. Francis Lôter venait de décrocher son certificat d’études et il ignorait qu’il avait attrapé le virus de la création. Un de la pire espèce, de ceux qui ne vous lâchent pas d’une vie. Et son père, dans ses vignes, avait beau ironiser puis tempêter : rien n’y ferait. Francis peignait, Francis peindrait.
Et chaque âge, et chaque virage; toutes les belles heures comme les malheurs de l’existence ne feront que renforcer sa résolution, raffermir sa vocation. Premier exil à Paris : ah, les belles années, de la rue Saint-Merri où, en pleine seventies florissantes, il festoyait avec Romain Bouteille et les copains du Café de la Gare, privilégiant les nuits blanches, oublieux des toiles qu’il peignait le sourire aux lèvres… Mais, en pleine euphorie, il est rattrapé par la mort, brutale : celle de sa soeur adorée, son double au féminin, l’un des êtres qu’il aime le plus au monde. Fin de la récréation, retour à la création. Pour survivre et s’en sortir, il modèle et sculpte. Ce sera le premier axe esthétique, la première période (voir, ci-contre, “Une valse à cinq temps, une valse à 100 ans…”), dans l’oeuvre de Francis Lôter qui, pour l’heure en compte cinq.

Silence et sortilèges
A l’autre bout du chemin, le tempo le plus récent _ “Parcours en Mélanésie” _ a débuté en 2007, avec l’arrivée de Lôter en Calédonie. Sculptures monumentales, totems et échelles de vie, éloge de la verticalité, réflexion sur le multiple et la vie et la mort, omniprésence du bois : voilà ce que l’on pourrait retenir pour ce qui est de la nouveauté et de l’originalité de cette récente temporalité.
Pour le reste, Francis Lôter demeure fidèle à lui-même et à son style. Il dévoile par ses oeuvres des angles de vues cachés, des thématiques inattendues. Et jamais ne reste à la surface des choses. Sculpteur de l’invisible, peintre de l’indicible, il sait se préserver du brouhaha de notre époque trop bavarde. Et demeure au service du silence, au-delà des mots et des formules à l’emporte-pièce. “Les îles ont un silence qu’on entend”, affirmait Italo Calvino dans Aventures. Encore faut-il être capable de le percevoir et, plus complexe encore, de le restituer en toute sensibilité. Francis Lôter fait partie de ces êtres d’exception qui détiennent le langage secret de la matière. Le silence des îles mélanésiennes s’est laissé apprivoiser sous sa main. Simple beauté de la lumière. Doux sortilège de l’irréalité.